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mercredi 28 juillet 2010

Rêves et composition musicale

La sortie d'Inception de Christopher Nolan - qu'il me reste d'ailleurs à voir - me paraît présenter une bonne occasion pour parler à nouveau de mes aventures oniriques et plus particulièrement de mes épisodes créatifs. J'ai déjà abordé le problème du rêve lucide et de la créativité en son sein dans un billet précédent, rapportant simplement une courte réflexion de Leibniz à ce propos. Le fait de se retrouver dans un environnement onirique qui semble de par sa complexité et son agencement avoir été pensé est toujours chose surprenante. Si la beauté des paysages et l'incroyable réalité des sensations peuvent nous étonner, plus surprenante est encore la création artistique - spécifiquement musicale - permise par les rêves lucides. Ces derniers ont beau être en soi déroutants, nous pouvons ceci étant facilement concevoir que le cerveau puisse recycler l'ensemble des images enregistrées dans notre mémoire depuis notre naissance, et ainsi nourrir nos rêves de villes, de paysages et de personnages inconnus.

Il est beaucoup plus difficile d'admettre que le cerveau puisse créer ex nihilo de la musique. C'est pourtant l'expérience que j'ai faite. En réalité, deux cas de figure se sont présentés à moi au cours de mes voyages oniriques. Dans la première situation, j'étais simplement saisi d'une grande inspiration et composait avec aisance - je me suis même souvenu d'un air au réveil, rapidement oublié mais dont j'ai pu attester l'originalité. Dans la seconde situation, autrement plus étrange, mon rôle était purement passif ; la musique venait d'une source extérieure et habillait mon rêve comme la bande son d'un film, à l'instar de ces notes mystérieuses que percevait dans son agonie Ivan Lourine, le compositeur mourant dépeint par Dino Buzzati dans Duel à mort. J'ai parfois été suffisamment conscient et réfléchi pour remarquer à quel point cette musique était complexe en plus d'être belle.

La lecture de forums consacrés aux rêves lucides m'a appris que je n'étais évidemment pas le seul à avoir connu cette expérience. En outre, il n'est pas exact de circonscrire le phénomène aux seuls rêves lucides ; lors de la phase d'endormissement, ou dans les minutes qui suivent le réveil, quelque part entre rêve et réalité, notre aptitude à créer et à composer semble étrangement développée. Je ne me risquerais pas à apporter l'embryon d'une explication à ce curieux phénomène, mais on pourrait dire en tout cas que nos rêves lucides semblent parfois puiser dans les eaux d'une source intarissable.

lundi 23 mars 2009

Paul Valéry et l'étonnement

Entre la netteté de la vie et la simplicité de la mort, les rêves, les malaises, les extases, tous ces états à demi impossibles, qui introduisent, dirait-on, des valeurs approchées, des solutions irrationnelles ou transcendantes dans l'équation de la connaissance, placent d'étranges degrés, des variétés et des phases ineffables, – car il n'est point de noms pour des choses parmi lesquelles on est bien seul.
Nous portons en nous des formes de la sensibilité qui ne peuvent pas réussir, mais qui peuvent naître. Ce sont des instants dérobés à la critique implacable de la durée ; ils ne résistent pas au fonctionnement complet de notre être : ou nous périssons, ou ils se dissolvent. Mais ce sont des monstres pleins de leçons que ces monstres de l'entendement, et que ces états de passage, – espaces dans lesquels la continuité, la connexion, la mobilité connues sont altérées ; empires où la lumière est associée à la douleur ; champs de forces où les craintes et les désirs orientés nous assignent d'étranges circuits ; matière qui est faite de temps ; abîmes littéralement d'horreur, ou d'amour, ou de quiétude ; régions bizarrement soudées à elles-mêmes, domaines non-archimédiens qui défient le mouvement ; sites perpétuels dans un éclair ; surfaces qui se creusent, conjuguées à notre nausée, infléchies sous nos moindres intentions... On ne peut pas dire qu'ils sont réels ; on ne peut pas dire qu'ils ne le sont pas. Qui ne les a pas traversés ne connaît pas le prix de la lumière naturelle et du milieu le plus banal ; il ne connaît pas la véritable fragilité du monde, qui ne se rapporte pas à l'alternative de l'être et du non-être ; ce serait trop simple ! – L'étonnement, ce n'est pas que les choses soient ; c'est qu'elles soient telles, et non telles autres. La figure de ce monde fait partie d'une famille de figures dont nous possédons sans le savoir tous les éléments du groupe infini. C'est le secret des inventeurs.
Paul Valéry, Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, « Note et digression » (1919)

Lorsque notre conscience est altérée, lorsque nous sommes pris de fatigue, ou lorsque nous sommes encore plongés dans un état de demi-sommeil, à cheval entre le rêve et la réalité, on manifeste cet étonnement auquel Paul Valéry fait référence dans cet extrait. La réalité semble étrange ; le monde s'enquiert subitement d'un intérêt dont il était jusque-là dépourvu. On prend conscience que les choses auraient pu être bien différentes de ce qu'elles sont ; on se demande pourquoi elles sont ce qu'elles sont.

jeudi 27 novembre 2008

Le poids du passé

Je me faisais hier la réflexion suivante : en quoi un passé peut-il être plus lourd à porter qu'un autre ? Le passé nous est inaccessible ; le seul passé qui demeure vit en nos souvenirs. Quelle différence fondamentale peut-il bien exister entre des souvenirs véritables, renvoyant à des faits réels, et des souvenirs imaginaires, créés de toute pièce par l'esprit humain ? Ce ne sont, dans un cas comme dans l'autre, que des images dans notre tête et c'est d'autant plus vrai que les souvenirs "véritables" eux-mêmes sont partiellement artificiels, de par les exagérations et les oublis qui les accompagnent.

vendredi 17 octobre 2008

Volonté de Dieu ou liberté humaine

Quelques réflexions à propos d'un problème qui me semble, de prime abord, impossible à résoudre... Un certain nombre de philosophies et de religions affirment l'existence d'un libre arbitre de l'homme, tout en posant d'autre part l'existence d'une volonté divine à l'œuvre à travers le monde, Dieu étant doué de prescience. De ces idées sont déduites un ensemble d'hypothèses, selon lesquelles l'histoire humaine serait dans ses grandes lignes dictée par Dieu, les "petites" étant abandonnées à la volonté de l'homme.

Tout ceci se heurte à deux difficultés. Il est inutile sinon absurde, d'abord, de supposer l'existence d'une liberté humaine limitée à l'insignifiant ; quel serait son sens ? Séparer ce qui importe de ce qui est superflu est par ailleurs strictement impossible : ce que l'on juge ou paraît secondaire influe toujours sur les grands événements, lesquels n'auraient souvent pu se produire si d'infimes détails n'eussent pas été ce qu'ils furent. En outre, si l'homme est libre face au plan de Dieu, si chacun peut s'inscrire ou non dans des voies qui seraient déjà tracées, chaque événement déterminant chaque événement et chaque homme influant ses semblables, comment notre vie pourrait être jalonnée d'épreuves et d'événements déterminés par avance ?

Si Dieu connaît par avance la vie que je dois mener, c'est qu'il possède la connaissance de tout ce qui doit se produire, c'est-à-dire de tous les événements, eux-mêmes agis par des hommes censés être libres. Ou je suis libre et tout est illusoire, ou nous n'avons tous aucune marge d'autonomie.

dimanche 30 mars 2008

Croyance et athéisme

On présente souvent l'athéisme comme la croyance en la non-existence de Dieu. Ce n'est évidemment pas faux ; cependant lorsque l'on reconnaît généralement que la non-existence de Dieu ne peut être prouvée et ainsi tenue pour certaine, on part cependant du principe que la véridicité de la réalité que l'on appréhende est un fait. En d'autres termes, la démarche athée consiste à prendre acte de l'existence du monde extérieur et de rejeter comme spéculation l'existence de Dieu. Si la réalité de l'univers est certaine, nous n'avons en revanche aucune information sur sa nature (chose que je sous-entendais dans un précédent article à propos de l'identité). Qu'est-ce à dire ? Toutes nos connaissances nous sont transmises par nos sens, hors nous n'avons aucune information sur la source de ces informations. Le sujet a déjà été abordé de nombreuses fois par des auteurs de science-fiction de même que par des philosophes. Prétendre que Dieu n'existe pas, c'est penser que l'univers se suffit à lui-même, ce qui est un acte de foi. Pour être plus clair, ce n'est pas seulement l'idée de la non-existence de Dieu qui relève par nature de la croyance -- ce ne serait qu'une évidence que de souligner cela -- mais également l'idée que l'univers est "vrai", dans le sens où il ne pourrait être une illusion cachant quelque chose de plus profond. C'est fondamentalement la raison pour laquelle les caricatures telles que celle de la "licorne rose invisible" n'ont aucun sens : s'interroger sur l'existence de Dieu, c'est immanquablement s'interroger sur la nature de l'univers que nous appréhendons.